Anonyme – Les Temps nouveaux vus par un allemand (1917)

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« Les Temps nouveaux vus par un allemand », est paru dans La Petite République du 3 juin 1917.

Les Temps nouveaux vus par un allemand

On trouve aujourd’hui, dans la Zukunft de Berlin, la revue bien connue de Maximilien Harden, sous la signature de Maurice Ernest Lesser, un article visiblement inspiré de l’ouvrage de Bellamy « En l’an deux mille », mais dépassant, en excès d’imagination, tout ce qu’avaient pu écrire avant lui l’auteur américain et Jules Verne lui-même.

Le 22 octobre (1917 ?), écrit Lesser, trois mois après la fin des hostilités actuelles, les directeurs des principales banques et sociétés industrielles d’Allemagne décidèrent la création d’une « Société par actions ayant pour but l’utilisation de toutes les inventions faites au cours de la guerre dans le domaine technique ».

Deux semaines plus tard, était créée la « Société par actions pour la construction de sous-marins privés » filiale de la « Société d’exploitation du sol et du sous-sol des mers intérieures et des fleuves ».

Déjà les plans de morcellement du sous-sol maritime étaient établis et bientôt, toutes les banques, tous les collectionneurs achetèrent des parcelles de terrain pour y mettre en sûreté leurs trésors.

Une autre innovation fut la mise en location de sous-marins au mois ou à la journée. Le succès fut colossal, mais le Reichstag dut élaborer une loi spéciale « La loi U » afin de protéger les mœurs étrangement compromises par les excursionnistes.

Puis, les grandes compagnies de navigation se mirent à construite des sous-marins transatlantiques gigantesques où les passagers n’avaient à craindre ni péril ni mal de mer. Ces sous-marins comportaient une longue remorque et un jour on put annoncer que le train express de Hambourg à New-York, en 48 heures faisait le trajet, par voie sous-marine.

Enfin, vint la « Société internationale pour le renflouement des bateaux coulés pendant la guerre ». La société eut un succès brillant. Comme on connaissait les places exactes où se trouvaient les bateaux coulés, on réussit à en extraire des trésors pour une valeur immense ; et enfin, la compagnie pour l’exploitation des métaux précieux du fond de mer.

Quelque temps après la réalisation de tous ces progrès, le Congrès de la paix se réunit à La Haye : toutes les nations civilisées y participèrent et décidèrent à l’unanimité le désarmement complet et sans réserve. On avait, en effet, reconnu que la guerre était désormais impossible, chaque puissance possédant des aéroplanes dont l’action devait réduire en cendres, dès le premier jour d’une mobilisation, les principales villes de l’ennemi et anéantir tons leurs habitants.

Cependant, l’afflux vers les grands centres qui était avant la guerre de 5 à 10%, monta tout d’un coup jusqu’à 35% de la population totale des différents pays et la circulation devint impossible.

Mais, un jeune technicien jusqu’alors inconnu, trouva, renversant l’ordre établi, la solution élégante. Gens et véhicules n’eurent plus à se mouvoir, ce furent les rues qui se déplacèrent (Chaussées et trottoirs roulants). Aux théâtres, édifices gigantesques, la scène tournante passait devant les diverses sections de l’immense salle, et dans les musées, les tableaux venaient, tour à tour, s’offrir aux yeux des amateurs.

Mais la trouvaille sensationnelle fut faite par un ingénieur qui réussit à capter les rayons du soleil et à les conserver en boîte pour en répandre la chaleur à volonté en tout lieu de la terre et à toute époque de l’année.

Mais toutes ces inventions bouleversant les conditions de la vie, et contrariant la nature, l’espèce humaine commença à dépérir, la population générale du globe diminua rapidement dans des proportions à ce point inquiétantes qu’une nouvelle conférence se réunit à La Haye et décréta l’interdiction absolue de toute invention nouvelle.

Depuis, l’humanité renaît à la vie.

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