Hervé Thiellement, Le Monde de Fernando – Black Coat Press, coll. « Rivière blanche » (2014)

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Hervé Thiellement, Le Monde de Fernando, édition Rivière blanche. Illustration de Mike Hoffman.

Dans un avenir éloigné, des clones issus d’un Programme vivent dans une socitété organisée sous terre après une guerre atomique. Ces clones reproduisent à des milliers d’exemplaires divers types humains, différents par le physique et les prédispositions : les jules sont grands et forts, les caroles belles et rondes, les gastons et les fernands sont des militaires, les ursulas fortes en télépathie, les henris des scientifiques… Fernando est un fernand, mais il n’est pas comme les autres : plus curieux et indépendant, il s’intéresse au monde de la surface et dépasse l’hostilité générale envers leurs rivaux, les supertaupes, des animaux géants et pensants.

Il se lie ainsi d’amitié avec des chefs taupes, Toto, Tôt et Top, et avec un groupe d’amis, dont son amoureuse Caro, ils sortent de terre pour découvrir la surface. Il doivent alors faire face à de nombreux dangers : serpents noirs, plantes carnivores dégageant du poison (les animarbres), monstre aquatique… Mais ils rencontrent aussi de nouveaux amis : des superloups et des superaigles conscients. Les liens se créent, et alors que les femmes retirent les implants qui les rendaient stériles, des naissances surviennent, d’enfants qui ne sont plus des clones, y compris d’hybrides humain-loup ou humain-taupe.

Les plus hardis se mettent alors en tête de mener des voyages d’exploration : voyage en ballon, puis croisière en Méditerranée. Les hybrides prennent le relais de leurs parents souterriens : Brunomik, Mitop, Mibrune… Leurs aventures les conduisent à entrer en contact avec les esprits-machines, à ressusciter des dieux de l’Égypte antique, faire la rencontre des lions, puis des gorilles Kong et Kang… Leur périple se poursuit avec la traversée de l’Atlantique, peuplé de dauphins et de léviathans, pour l’Amérique, avec ses coyotes et ses pumas. La visite des pyramides autour du monde sert de préalable à unir toutes les pensées pour un final cosmique.

Dans une écriture claire et simple, un récit linéaire conte par le menu les faits et gestes d’une communauté multi-espèce. La complicité se fait par affinités et séduction, mais aussi par échanges intellectuels, certains personnages, notamment Riton, partageant leurs hypothèses sur la biologie de cette nouvelle Terre aux possibilités inouïes. On retrouve des personnages sympathiques et une imagination pétillante, comme dans Le Dieu était dans la lune du même auteur, mais sur un format plus long et moins dense.

La narration faussement neutre et détachée révèle aussi, derrière le côté gentiment macho de certains personnages, le goût des plaisirs de la vie et l’aspiration à l’entente entre les êtres :

« Profite du paysage, du climat, de l’ambiance entre amis, des nuits au clair de lune, de l’aventure de la vie ! […] Ça, c’est de la philosophie. »

Cet hédonisme n’est pas dénué d’une pointe de cynisme désabusée :

« C’est peut-être difficile à admettre, mais la mort de cons inconnus ne perturbe pas vraiment ceux qui ont besoin de dormir. »

Hervé Thiellement nous gratifie d’un roman dans la tradition du post-apocalyptique optimiste, presque édénique, qui relève aussi du roman d’aventures pour adolescents. Ce roman est ainsi recommandable aussi bien aux jeunes lecteurs qu’aux plus expérimentés, qui goûteront le sel de son humour discret et de son imagination fertile.

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