Jean Effel et Claude Martial – Le Tour du monde en 80 zigzags (imité de Jules Verne) (1937)

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« Le Tour du monde en 80 zigzags », récit « Imité de Jules Verne » écrit par Jean Effel et Claude Martial, est paru dans L’Humanité du 7 mars 1937 (il s’agit d’un des épisodes de ce feuilleton). Jean Effel est aussi l’auteur des illustrations.

Le Tour du monde en 80 zigzags

Nous avions fait un beau voyage…

Quand on r’vient

Ça n’est pas la même chose,

Quand, on r’vient

La vie n’est pas tout’ rose…

Ah, non ! il n’est pas tout rose, le retour. Moi,. Phileas Fogg junior, j’ai compté, ce matin sur mes dix doigts — en changeant plusieurs fois de main — les jours écoulés depuis le départ. Avec ce Je suis Partout qui vous a la manie de changer de calendrier dans chaque pays, ce,n’est pas si commode ! Eh bien, il est temps de rentrer. La Tamise s’ennuie de nous. Et l’on m’attend, montre en main, au Traveller’s Club. Aux soir du quatre-vingtième jour, je suis K. O. et l’enjeu, c’est pour eux. Pas de ça, Lisette.

Je serai là, parieur fidèle

Devant l’bar où tu m’attendras

Je serai là

Et les sterlings,ça s’ra pour moi…

A moi le doux baiser des Traveller’s girls ! A moi l’échanson du retour. A moi le dernier jeu de mot du calembour-man fatigué.

Il est fini, le Tour du Monde. J ‘ai bouclé la ceinture terrestre. Le Globbe-Flyer nous a conduit, sans panne, aux quatre coins de l’univers. Juste assez loin pour nous apercevoir qu’une boule n’avait pas de coins.

Je reviens seul. Tout seul. Et c’est pourquoi, je suis si triste.

Je suis Partout le premier, m’a signifié son congé :

— Je dois avertir monsieur que monsieur aurait tort de compter sur moi désormais…

— Et pourquoi donc, Je suis Partout ?

— Que, monsieur m’excuse, mais j’entre au servies de la princesse…

— De la princesse Dollar, Je suis Partout ?

— Bien sûr, monsieur. Monsieur, naturellement, réglera mes petites dettes à Londres ?

— Je réglerai, Je suis Partout. Mais vous n’y perdrez rien ?

— Que monsieur se rassure. J’ai laissé assez de petite dettes pour que monsieur ne m’oublie jamais.

Et cet adieu sans fard m’a laissé un petit froid dans le dos.

Après, ce fut le Robbot. Il faisait, avec ses mains perfectionnées, un geste qui a sa valeur dans tous les pays du monde. Oui, en frottant son index à son pouce. J’ai compris. Le Robbot avait trouvé acquéreur, lui aussi. Au salon des Arts ménagers de Chicago :

— Au pays de la mécanique, je devais trouver amateur, a-t-il émis sur ondes courtes particulières. Mon mutisme a séduit la femme du gouverneur. Avec moi, pas de potins d’office. Je suis engagé comme nourrice sèche. Oui, comme nurse. Je nourrirai les babies avec du lait condensé. Et je leur sifflerai Yankee Doodle, pour qu’ils dorment, comme moi, d’un sommeil de plomb…

Ça va, on me laisse tomber comme une vieille chaussette anglaise.

Il n’y a plus de serviteurs.

Et le Globbe Flyer a repris son essor avec un hennissement de son moteur tout comme un cheval vapeur qui sent l’écurie.

Dernière étape

Un froid de canard. C’est quelque chose comme le grand nord tout blanc. J’ai froid. J’ai faim. Je me suis arrêté, en panne sèche, auprès d’un puits d’essence ? Mais comme le carburant est gelé…

— Tout comme les crédits allemands, m’a dit le contremaître. Ça ne fait rien. Nous attendons les derniers des Mohicans. Ils vous dégèleront tout ça avec de l’eau-de-feu…

Ils sont là. Le chef a enterré sous la neige le tomawak et fume dans le calumet de la paix un amadou braisé :

— Je vais à Londres, mon frère au visage pâle. J’emporte, sur mes épaules robustes la peau d’un zébu d’hiver, les cornes du Renne-des-Rennes, et le scalp du dernier chercheur d’or. Je vais à Londres, en skis.

— Une place est dans ma nacelle, lui dis-je…

— Merci pour moi. Je glisse, je nage, je vogue, je mange du bifteck d’élan et des côtelettes de saumon. Je ne monte pas sur les machines qui votent. Mais je serai à Londres, comme toi, pour le couronnement…

Son geste noble montre, à travers le grand silence blanc, la ruée des chefs Peaux-Rouges vers la Couronne d’or :

— Tous, ils y sont. L’Empire est en marche. Gandhi lui-même a quitté sa méditation. La cavalerie de Saint-Georges a de nouvelles cuirasses. M. Eden descend du ciel…

— Impérialiste, ne puis-je m’empêcher de lui dire.

Mais lui, magnifique, impavide :

No, vacances payées, tout simplement. Et puis, j’irai voir l’Exposition. Pourvu qu’il y ait Buffalo Bill !

Le grand chef sioux a chaussé ses skis de sept lieues. Il est parti. Le Globbe Flyer me tend ses ailes. Volons au secours de la victoire. Et hâtons-nous. Des fois que le King aurait l’idée de se marier. Il l’est déjà ? La belle affaire. Et s’il lui plaisait de divorcer ! Ou de tomber de cheval, ou de marcher sur les bottines de l’évêque de Bradfford… Moi, je veux voir un couronnement. Ça se fait de plus en plus rare.

Et Phileas Fogg de chanter, accompagné par le ronron du moteur, insoucieux des rimes, et des airs :

Nous avons fait un beau voyage,

Nous arrêtant à chaque État,

Nous allons retrouver

Le lord-maire, la cité,

Les parieurs, les lauriers,

Et puis, sûr, remporter

Le grand prix d’reportage…

Ça vaut bien l’coup

De s’être dérangés.

C’est le dernier jour du roman…

London, tout le monde descend.

L’avion s’arrête. Et le lecteur aussi, car c’est la…

FIN

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