L. – Un Automate qui pense (1935)

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« Un Automate qui pense », signé L., est paru dans Le Madécasse du 1er juillet 1935.

Un Automate qui pense

Un jeune savant américain aurait inventé une machine qui pense, aime, haït, oublie, se souvient et choisit sa nourriture. Cet inventeur s’appelle Norman B. Krim et son robot semble avoir franchi la barrière qui sépare un automate sans âme d’un être humain en chair et en os.

Les cheveux se dressent sur la tête du robot lorsqu’il est effrayé ou mécontent, et il fait un signe de dégoût quand sa nourriture lui déplaît.

Le jeune savant qui à créé ce miracle est à peine sorti de l’adolescence. Mais il a su expliquer froidement, logiquement aux étudiants d’Électricité, comment il a réussi à infuser sa propre volonté à une machine perfectionnée.

La tête et le corps du « super-robot » sont enfermés dans une carcasse, ses pieds s’appliquent sur une petite voiture, ses oreilles sont des microphones qui transforment le son en énergie électrique. Les yeux sont des cellules photo-électriques qui distinguent le rouge du vert, et saisissent la différence des couleurs.

Cette machine peut être éduquée comme un enfant. Aussi, son maître ne manque t-il pas de lui donner des leçons et, au besoin, de lui tirer les cheveux. L’automate s’éloigne alors, comme s’il était fâché cependant que M. Krim actionne une sonnette. Après avoir dix fois répété la manœuvre, le jeune savant sonne sans toucher au commutateur caché dans la tête du robot, et celui ci s’enfuit tout seul à grandes enjambées.

À la deuxième leçon, le maître offre à son élève un plat d’épinard. Il ne constate aucune réaction. Les épinards ne disent encore rien à l’homme mécanique. Mais le maître lui tire les oreilles chaque fois qu’il lui présente les épinards. À la fin, la machine pensante commence à ne pas aimer les épinards. Dès qu’elle les voit, elle fait signe de la tête qu’elle n’en veut pas.

M. Krim estime qu il pourra bientôt construire une machine capable de se guider toute seule dans la vie. Il ne prétend pas qu’il soit en état de créer la vie, mais il affirme qu’il peut créer la représentation de la vie.
La rapidité avec laquelle le robot apprend ou oublie peut être réglée à volonté.

La machine, perfectionnée de M. Krim est sortie d’un simple appareil construit en quinze heures. Au début, c’était une boîte avec deux moteurs électriques, une lampe, deux commutateurs, S et Su.

Le premier de ces commutateurs représente les impulsions primaires ou naturelles, le second, des stimulants conditionnels. L’intensité de la lumière de la lampe indique l’intensité de la réaction.

Lorsque le savant touche le commutateur S, la lampe s’allume et brûle intensément. S’il appuie sur le commutateur Su, elle ne s’allume pas du tout. Alors, il touche simultanément les deux commutateurs, et après quelques répétitions de cette manœuvre il appuie sur Su seulement et la lampe, s’allume quoiqu’encore faiblement : mais le courant électrique semble indiquer une nouvelle voie, comme la pensée qui traverse le cerveau humain.
La machine commence à apprendre.

Chaque fois qu’on appuie sur les deux boutons, l’association devient plus nette. Finalement, la lampe s’allume avec la même intensité, qu’on l’actionne par S ou par Su. Le « réflexe conditionnel » agit pleinement.
La machine en métal a appris sa leçon.

Il va sans dire, qu’il convient d’accueillir avec une certaine réserve cette nouvelle qui nous vient d’Amérique. Quoiqu’une combinaison habile de certains phénomènes propres à la radio puisse permettre de faire certaines choses qui, réalisées dans l’ambiance voulue, feraient penser à un fait miraculeux, nos possibilités actuelles ont des bornes.

Si le super-robot de M. Krim n’a pas la forme d’un canard, la mesure de l’intensité de ses « stimulants conditionnels » est certainement née d’une imagination surexcitée.

Et pourtant… Norman B. Krim fut bien à l’origine de nombreuses avancées technologiques !

A lire, en anglais : In Memoriam: Norman Krim et Norman Krim, Who Championed the Transistor, Dies at 98.

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