Le Journal de la jeunesse, année 1878 – Hachette

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Gravure de Dieudonné Lancelot.

Journal de la jeunesse : le titre avait déjà été utilisé par la comtesse de Genlis dans un ouvrage d’éducation mensuel destiné aux jeunes gens en 1816-1817. C’est celui de plusieurs revues pour enfants et adolescents qui se succèdent tout au long du XIXe s., dont un essai qui semble lancé en 1833-1834, pour cinq francs l’abonnement, avec une large diffusion dans les établissements scolaires et « jusque dans les séminaires » (L’Ami de la religion, tome 80, 1834, p. 176). Ce titre se fait connaître par les concours qu’il ouvre aux filles comme aux garçons, dont les prix sont remis par de grands auteurs comme Chateaubriand. Si elle fait encore parler d’elle en 1836, cette revue semble pourtant éphémère.
Il faut attendre le premier semestre 1873 pour que la librairie Hachette fasse paraître un « nouveau recueil » hebdomadaire illustré, « pour les enfants de 10 à 15 ans », à dix francs le volume (pour six mois). Cette fois-ci sera la bonne, le périodique est solide et se poursuit jusqu’à ce que la Première Guerre mondiale interrompe sa publication en 1914. Ce titre ne se relèvera pas de cette rupture, malgré la parution en novembre 1919 d’un ultime volume regroupant Journal de la jeunesse, Magasin d’éducation et de récréation et Semaine des enfants.

De 1873 à 1914, la revue aura néanmoins connu quarante-et-un ans d’existence. Son premier numéro dévoile ses différents objectifs. Une vocation encyclopédique et vulgarisatrice s’exprime à travers les nombreux articles documentaires, couvrant de nombreuses disciplines. On y trouve aussi bien les sciences physiques, naturelles (avec de nombreux articles sur les animaux), l’archéologie, l’histoire, que la géographie, les domaines se voyant mêlés dans un véritable esprit de curiosité.
Ces articles très divers s’intercalent entre des récits de fiction : quelques contes (volontiers de saveur orientale), et surtout des romans-feuilletons généralement édifiants. Ces derniers se déroulent dans un décor local ou exotique, comblant tour à tour l’aspiration au dépaysement et l’attachement au milieu quotidien – tous décors, proches ou lointains, très largement fantasmés, l’aspect édulcoré des premiers trouvant leur pendant dans l’outrance des seconds, tous s’accordant dans un paternalisme universel.

Le tout est abondamment illustré de gravures pleine page ou insérées dans le texte, les premières étant souvent superbes, œuvres d’artistes célèbres de l’époque comme Édouard Riou, Henri Théophile Hildibrand, Charles Laplante, Jean Gauchard, Fortuné Méaulle, les Barbant… Elles témoignent d’un grand souci documentaire et d’une esthétique fréquemment académique dans la technique et la composition, mais parfois très efficace visuellement, voire spectaculaire.
Pour l’époque, le public d’un objet aussi luxueux est forcément restreint : « Quels enfants ? Ceux dont les parents jouissaient de revenus confortables, ceux qui avaient le temps de lire parce qu’ils n’avaient à travailler ni à la ferme, ni à l’atelier. Voilà une jeunesse singulièrement réduite ; c’est le petit nombre des enfants riches, bourgeois ou aristocrates, enfants des classes dirigeantes. »
(Christine Thirion, « La presse pour les jeunes de 1815 à 1848 », BBF, 1972.)
Élitiste, ce périodique l’était forcément. De nos jours, Gallica permet à toute personne bénéficiant d’internet de feuilleter ces pages et d’admirer leurs illustrations, de goûter parfois l’attrait d’un conte intemporel, plus rarement de céder au charme d’une prose vieillotte.
Le hasard a placé entre mes mains le volume relié de rouge, à la tranche dorée, dédié à l’année 1878, dont je vous ai proposé quelques images.

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