Le rêve de la machine : The Modern Boy 1928 – 1939, revue anglaise de fantasmes Hi-Tech pour adolescents

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The Modern Boy n° 7, 24 mars 1928, revue anglaise de 28 pages.

The Modern Boy, The Amalgamated Press – London, hebdomadaire 1928 – 1939

 

The Modern Boy est une revue parue en Grande-Bretagne de février 1928 à octobre 1939, en deux séries : la première compta 523 parutions tandis que la plus récente, à partir de février 1938, ôta l’article pour 87 numéros désormais nommés Modern Boy. Dans ses pages, les collégiens découvriront les aventures de jeunes héros intrépides à travers le monde et même l’univers lorsqu’ils explorent l’espace. Les auteurs leur concocteront les dangers les plus effroyables, les énigmes les plus mystérieuses et les péripéties palpitantes nécessaires à la vie d’un homme vraiment digne de ce nom au XXe siècle. Le plus célèbre de ces romanciers demeure William Earl Johns, dit Flyer-Officer Jones quand il signe pour The Modern Boy, que Les Presses de la Cité publieront en France après la Seconde Guerre mondiale, et que nous connaissons comme le fameux Captain W. E. Johns, le créateur de Biggles. Le succès qu’il emporta le propulsa « auteur phare » et au début des années 1930, W. E. Johns écrivait autant de fictions que d’articles de vulgarisation. La revue améliorait encore sa popularité auprès de son jeune public en proposant des images à collectionner et des maquettes à bricoler. Enfin, comme bon nombre de ses concurrents, le magazine emboîta le pas du scoutisme florissant entre les deux guerres, remportant l’adhésion générale des familles convenables.
Ainsi que son titre l’indique, la publication s’adressait aux garçons dans le vent de dix à seize ans, elle leur fournissait l’aventure et le rêve de prouesses en particulier grâce aux nouvelles machines : l’exploration, la conquête et la maîtrise du monde par les moyens de transport les plus sophistiqués, les plus rapides, les plus dangereux. La plupart des couvertures abandonnèrent les visions démodées de jungles étouffantes, d’océans interminables et de déserts de glace que les héros traversaient laborieusement pour offrir au jeune lecteur la griserie des engins à moteur. Et si quelques illustrations réveillent la nostalgie coloniale des expéditions d’avant 1914 en voilier ou à dos de chameau, ou encore en zeppelin — car son gigantisme impressionne comme celui des mammouths dont on regrette l’extinction —, les dessinateurs s’adonnèrent principalement à la consécration des avions, des locomotives, des automobiles de course et de tout véhicule capable de puissance et de vitesse multipliées par son moteur, magnifié par sa carrosserie en métal rutilant.
Les informations en anglais à propos de cette revue, de Biggles et de son auteur sont copieuses et accessibles sur internet, à commencer par l’énorme index de Galactic Central Publications. De courageux amateurs de la revue ont numérisé plusieurs numéros que l’on peut lire sur leur site, Comic Book+. C’est en parcourant le blog mis en ligne par Richard Harris, fan enthousiaste de W.E. Johns, qu’il a enrichi de toutes les couvertures de The Modern Boy, que j’eus l’idée de m’intéresser à la part de science-fiction qui leur était réservée — imagerie pour laquelle j’ai toujours eu un faible. J’avais en tête d’extraire un panorama plaisant, mais réduit, des numérisations qu’il offre aux amateurs, une galerie que j’aurais agrémentée d’informations à propos des illustrateurs, car ils demeurent les laissés pour compte des recensions et des hommages, ces derniers voués principalement à William Earl Johns, décidément inévitable : il aurait lui aussi fourni quelques couvertures au Modern Boy.


Hélas, mon intention s’est rapidement perdue dans le néant. À l’époque de la diffusion, les dessinateurs paraissent déjà ignorés, non crédités au sommaire et leurs œuvres rarement signées ; un comble quand on sait combien la couverture, les images à collectionner et les maquettes amélioraient l’attrait du magazine. Ces bricolages à réaliser en découpant un mince cartonnage impressionnent, cependant. D’ailleurs, il n’y a qu’à contempler un exemple pour se rendre compte du travail minutieux qu’ils exigeaient : un collectionneur passionné de miniatures automobiles, doublé d’un blogueur intéressant, Auto Jaune Blog, expose en détail un superbe modèle réalisé au début des années 1930, « The Modern Boy » Sunbeam 1000HP. De tous les artistes qui colorèrent la publication, je n’ai pu découvrir que Serge R. Drigin (1894-1977), sans plus de détail sinon sa bibliographie, et Geoffrey Eyles par l’intermédiaire de son frère Derek Charles Eyles, dessinateur également, plus connu et qui vécut surtout plus longtemps, car Geoffrey est mentionné comme un illustrateur mort jeune. Les autres demeurent des initiales, au mieux des noms : H. Riches, A. Chifley, Stanley Rogers, Herbert Hyde, C. Coumbes, C. Shuff, etc.


Pendant ma recherche, une deuxième constatation, que l’on qualifiera de « sociologique », s’est imposée plus lentement à mon esprit pour le marquer plus fortement : aucune représentation féminine n’apparaît durant les onze années d’exercice sur les 610 couvertures ! Pour être honnête, on aperçoit enfin une figure terrifiée de femme dans le numéro 433 de mai 1936, puis dans le numéro 44 de la deuxième série, en décembre 1938, une troisième fois si l’on compte Minnie la souris, star américaine du dessin animé qui força le passage cinq ans plus tôt. J’ai bien entendu vérifié, me soupçonnant d’éprouver un ressenti plutôt que d’observer une réalité. Eh bien non, je ne me fourvoyais pas, chaque scène, qu’elle soit militaire ou civile, est dépourvue de silhouette de femme ou de fillette identifiable. Avec une invisibilité aussi remarquable, difficile de ne pas imaginer une règle instaurée par le directeur de publication : il me paraît peu plausible, pour ne pas dire impossible, que les dessinateurs aient pu ignorer inconsciemment la moitié de l’humanité qu’ils côtoyaient chaque jour. Et même en admettant que les illustrations se déroulent dans un univers à dominance masculine, scoutisme, sports extrêmes ou combats, comment expliquer l’absence de public féminin lors d’une séance de cirque ? Quelles que soient les déductions que l’on puisse en tirer, et je n’ai pas les compétences pour en asséner de savantes, durant les années 1930, les jeunes Anglais recevaient une éducation séparatiste jusque dans leur lecture hebdomadaire. Je n’avais encore jamais noté pareil schisme ; l’Intrépide des Offenstadt d’avant 1914, par exemple, bien que le sujet reste irrégulier, n’hésitait pas à exhiber des héroïnes, y compris en couverture.

 

Après cette révélation pour le moins étonnante, mon projet dévoyé par le manque d’informations se bornera à cette courte présentation de The Modern Boy que les curieux anglophones pourront compléter (et vérifier) en suivant les liens surlignés dans mon article. Quant aux illustrateurs, vous n’apprendrez rien de plus, mais voici le panorama promis des fantasmes de haute technologie et de l’imaginaire spatial avant le conflit de 1939 qui devait encore bouleverser la perception du futur.

 

 

Panorama d’images choisies

 

Sur terre

 

Dans les airs

 

Sur et sous la mer

 

À travers les éléments :  terre, mer et ciel

 

Le monstre animal

 

 

 

 

 

 

Sciences futures et robots

 

Espace et science-fiction

 

The Raid of the Terrebore

Pour clore ce panorama, un mot sur le roman à suivre publié au cours de l’année 1936 dans The Modern Boy, : ce roman de science-fiction sera traduit et publié en France en 1937 par l’éditeur Boivin. L’histoire réunit anticipation et  intrigue policière  que les héros adolescents dénoueront : un horrible savant et ses sbires construisent une machine infernale dans l’objectif criminel de piller la banque d’Angleterre. Deux jeunes gens se mettent sur leur route par inadvertance et risquent les déjouer grâce à la Télémagnit, une commande repérant l’engin où qu’il se trouve.

La Menace du Terribore, (The Raid Of The Terribore : A modern adventure story  ou The Menace of the Terribore, 1936, par John Mackworth (1887–1939). Traduction de M. Vérité Vigneron alias Marcelle Vigneron (In Vino Veritas, ahem…), illustrations de T. Somerfield et Puyplat.

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