Lectures pour Tous, Zoom sur juin 1933, spécial escrocs & bandits

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Lectures pour Tous (Hachette), juin 1933, couverture de Georges Dutriac (1866 - 1958).

 

Escrocs, bandits, racketteurs, terroristes, toute notre actualité… déjà en 1933.

 

Le premier avril 2014, un numéro de juin 1933 de Lectures pour Tous se glissait dans mon champ de lecture, pas de quoi imaginer une quelconque corrélation entre deux périodes éloignées dans le temps. Et pourtant, quelques extraits…

 

La publicité

Elesca, un nom disparu aujourd’hui, une des très nombreuses boissons chocolatées, dont les mérites sans cesse vantés devaient faire grandir les enfants et nourrir confortablement les adultes. Celle-ci a en particulier d’avoir eu le logo du clown assis et le slogan « L.S.K. C.S.Ki. » créé par… Sacha Guitry. À noter également l’avertissement en bas de page « Achetez pour éviter le chômage, c’est un devoir national. » Certaines harangues n’en finissent pas de faire long feu.

La régie française arbore la même harangue pour sa marque de cigarettes, sans encore les foudres comminatoires des services de santé. Un achat en France d’un tabac américain au goût anglais, amusant. La publicité est belle cependant, signée Odette Zéau, une illustratrice si discrète que l’on sait seulement qu’elle dessina de 1930 jusqu’à la fin des années 1950 pour les publicités et les livres scolaires.

Tuer les bêtes nuisibles, boire le meilleur café, vaincre la tabagie, la timidité, l’obésité ou les poils disgracieux, rien de nouveau sous le soleil. Les petites annonces enfin, la dernière serait peut-être considérée avec suspicion aujourd’hui.

Un « flyer » est glissé dans la revue, une réclame pour la revue Je Sais Tout. C’est la crise, déjà, mais il y a aussi des plans pour partir en vacances sans frais excessifs. Je Sais Tout sait-il qu’il encourage certains de ses lecteurs à obtenir les congés payés ?

 

Sommaire

Au sommaire, Daladier fait la une, organisation, mise au point…
Et que va-t-on lire ? Des noms connus, des aimables fredaines, de l’humour de crise, du sensationnalisme, de l’aventure de cape et d’épée et maritime.

ROMAN, THÉÂTRE ET NOUVELLES
L’ÉTRANGE DISPARITION DE JAMES BUTLER (fin) par Pierre Palau — 96
LE RETOUR DANS LA NUIT Comédie en un acte, par J. de Berys et J. Bach Sisley — 33
LES SURPRISES DE Mme ASSELIN par Daniel Riche — 9
LE MARTYRE DE LA DAME OBÈSE par Jacqueline — 22

RÉCITS HISTORIQUES
LA VIE AUTHENTIQUE DE M. LE COMTE D’ARTAGNAN, Capitaine des mousquetaires (III) par A. Praviel – 57
M. POUDRE-A-CANON, MARCHAND DE « BOIS D’ÉBÈNE » par G. G.-Toudouze – 87

ARTICLES ET ACTUALITÉS
VOICI L’ARMÉE NOUVELLE — 2
LES PELOUSARDS par G. Drouilly — 18
AU PAYS DE RABELAIS ET DE LA GUERRE PICROCHOLINE par G. Kerbonn — 25
ESSAI DE DICTATURE Pages d’humour, par J. Touchet — 41
L’ÉNIGME DES VIES DOUBLES par A. Desmorillon — 43
LE CINÉMA EN VOYAGE : Nos vedettes chez les Somalis — 49
LES COULISSES DES SOCIÉTÉS SECRÈTES par E. Demaitre — 73
D’UNE HEURE À L’AUTRE par J. Pilpoul — 83
LES PLANTES QUI SAUVENT par le Dr Pol Vercel — 94

 

L’énigme des vies doubles

Le dossier annoncé en page de couverture s’attarde sur les grands escrocs dépeints dans « L’Énigme des vies doubles » par A. Desmorillon, illustré par A. de Parys (encore un mystérieux illustrateur pourtant prolixe, dont le prénom serait Alonso). Tous ces voleurs et criminels mondains seraient des malades. Les écrivains n’ont pas tout imaginé en relatant les exploits de Sherlock Holmes ou d’Arsène Lupin.

Article intégral :

On connaît peu de sensations aussi formidables, d’une répercussion aussi vaste que le fut la révélation de la seconde vie du roi des allumettes, Ivar Kreuger. Tout le monde se souvient encore du choc qu’on ressentit en apprenant qu’un des plus grands capi­taines de l’industrie moderne, l’homme qui commanditait des États, qui stabilisait à son gré les valeurs, qui sauvait les tréso­reries déchues, l’homme dont le bon plaisir suffisait pour alimenter ou arrêter net l’essor producteur de pays entiers ou déterminer de grandioses migrations du capital mondial — que cet homme était un escroc.
Il a suffi que, onze jours après son sui­cide, des experts comptables missent le nez dans ses écritures pour que Ivar Kreuger-Dr Jekyll se doublât d’un Ivar Kreuger-Mr. Hyde !

LA VIE SECRÈTE D’IVAR KREUGER
Depuis des années, son opulence appa­rente ne se basait plus que sur des bilans truqués, revenus fictifs d’en­treprises fictives, actifs faussés résultant de faux engagements. La crise économique mon­diale coupa, avec les ciseaux d’une Parque, le fil de ces interminables escroqueries dont on peut apprécier l’ampleur d’après le chiffre de cinq milliards de francs, montant du passif personnel de Kreuger. C’était le prix de la vie secrète et somptueuse qu’il menait, ignoré, protégé par son masque impassible de financier génial, universellement connu.
L’image de Kreuger s’imposait au seuil de cette étude sur le dédoublement de la personnalité. Ce phénomène, qui est une arme terrible dans le monde du crime, ne se laisse pas réduire à une mystification pure et simple. Il va bien plus profondé­ment, ressortissant aux dessous mystérieux et complexes de l’âme humaine. Qui sait quels croisements de races et d’individus, quelles hérédités chargées et contradictoires, engendrent ce violent besoin de vivre deux vies parallèles, absolument dissemblables !
Un Suédois spécialisé dans les questions de psychiatrie, M. Bjôrre, a publié une étude remarquable sur la personnalité d’Ivar Kreu­ger. Ayant pu étudier la totalité de ses ar­chives, depuis ses lettres d’enfant et ses cahiers d’écolier, jusqu’à sa fameuse comp­tabilité truquée, M. Bjôrre dégage avec une précision d’anatomiste les deux lignes de conduite qui se livrèrent bataille dans l’âme de Kreuger. Enfant menteur et dissimulé, il commettait volontiers des larcins. Avec l’âge vint la conscience. Ingénieur, Kreu­ger refoulait ses mauvais instincts, cher­chait à guider sa vie sur son travail net et précis. Un jour il n’y tint plus. Le mur de défense péniblement érigé s’écroula sous la poussée d’instincts primitifs et, d’ingénieur, Kreuger se mua successivement en financier, en aventurier, pour, finalement, hisser la bannière des pirates.

À l’encontre de l’opinion courante, selon laquelle Kreuger aurait été un homme d’une volonté d’acier, le professeur Bjôrre le montre plutôt adroit et rusé : il ne luttait pas contre les obstacles, il les circonvenait.
Le prestige de la double vie du roi des allumettes était tel qu’aujourd’hui encore bien des gens ne veulent pas admettre qu’il se soit suicidé, mais croient obstinément à une substitution de corps. Le vrai Kreu­ger, pour eux, continuerait quelque part, sous un masque impénétrable, sa vie incon­nue. De très réalistes businessmen de Wall Street sont allés jusqu’à engager des détec­tives pour effectuer des recherches en ce sens.

 

LE MASQUE ROUGE
Les criminels à vie double sont de la plus dangereuse espèce. Ils vivent parmi nous, sous un couvert d’hono­rabilité. D’apparence, ils sont aussi probes, aussi travailleurs, aussi respectueux des lois que les citoyens moyens. Le Sherlock Holmes le plus perspicace ne saurait les distinguer.
Cependant, ils sont les plus à craindre, et c’est souvent à eux qu’il faut imputer les crimes demeurés inexpliqués. Sous le masque d’une parfaite honnêteté bourgeoise, ils volent, incendient, assassinent. Menant une vie le jour, et une autre la nuit, ils sont toujours là, attentifs, épiant, méditant des crimes, tout en serrant des mains d’amis, tout en embrassant leurs enfants. Ces hommes à vie double, moins rares qu’on ne croit, restent souvent impunis jusqu’à la mort.
Au printemps dernier, les habitants de Philadelphie, aux États-Unis, furent ter­rorisés par les exploits du « Masque Rouge ». La nuit, dans les rues désertes, surgissait devant les passants attardés un bandit portant un masque rouge, qui les dévalisait en les tenant sous la menace de son revolver ; il disparaissait ensuite si rapidement, fan­tomatique et insaisissable, qu’on le surnom­mait « le Fantôme de Philadelphie ».
D’après les témoignages de ses nom­breuses victimes, le « Masque Rouge » était un jeune homme élégant, aux manières distinguées, aux allures aristocratiques, chauffeur et motocycliste de premier ordre, gym­naste et acrobate de première force.
Souvent, la nuit, dans les quartiers déserts, il poursuivait les automobiles, crevait les pneus d’un coup de revolver, et, l’arme à la main, fouillait les passagers.
Mais le « Masque Rouge » ne commit jamais d’assassinat. Même lorsqu’il tomba, au cours d’une de ses expéditions nocturnes, sur le chef de la police locale, il se contenta de l’assommer d’un coup de matraque, sans se servir de son revolver.
Le plus souvent, il s’attaquait aux femmes seules. C’est ainsi qu’il força une chanteuse de l’Opéra de Philadelphie à lui donner tout ce qu’elle avait sur elle, depuis son manteau de fourrure jusqu’à son linge de crêpe de Chine.
Lorsque les autorités promirent une forte somme à celui qui faciliterait la cap­ture du Masque Rouge, ce dernier disparut aussi soudainement qu’il avait surgi, et jamais plus on n’entendit parler de lui. Mais les détectives philadelphiens demeu­rèrent persuadés qu’il s’agissait d’un homme du monde menant une vie double. Malgré tous les efforts, jamais, dans les bas-fonds, on ne retrouva trace des effets et des billets de banque dérobés par le « fantôme ». Ces vols constituaient sans doute une sorte de sport pour un mondain blasé. Les policiers avaient certains soupçons, mais sans la moindre preuve à l’appui, et plus d’un détec­tive serrait les dents en voyant le riche et distingué gentleman qu’il suspectait — à tort ou à raison, qui sait ? — faire la cour, dans les salons les plus selects de Philadel­phie, à la chanteuse d’Opéra que lui-même, peut-être, avait dépouillée dans la rue au milieu de la nuit….
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LE COURRIER FATAL
Il fallut à la police d’Italie dix ans de recherches pour mettre la main sur un criminel d’une espèce similaire, surnom­mé « l’Assassin par poste ».
Les débuts de son activité remontent à 1922. À Vérone, ville paisible entre toutes, un professeur d’université fort honorable reçut un jour un colis, emballé comme s’il se fût agi d’imprimés. Mais, le paquet à peine ouvert, une violente explosion se produisit, qui causa au savant des brûlures atroces aux mains et au visage.
Ainsi commença une longue série d’envois explosifs, à Gênes, à Milan, à Bologne, à Venise, mais surtout à Vérone.
En dix ans, il y eut soixante-dix explosions qui coûtèrent aux hommes la vue, aux femmes la beauté, et à certains la vie. La police se démenait, mais ne parvenait pas à identifier l’expéditeur. On s’imagine la terreur que répandaient les malfaisants colis dans ces villes charmantes et pai­sibles, chargées de gloire et d’histoire, dans cette Vérone sur laquelle planent toujours les ombres amoureuses de Roméo et Juliette !
En même temps, une nuée de lettres anonymes, pleines d’injures et de menaces, s’abattait sur les habitants, semant soupçons, médisance, mensonge au sein de familles jusque-là unies. Les Véronais affolés com­mençaient à suspecter leurs meilleurs amis, leurs parents, et n’ouvraient qu’en trem­blant le colis postal le plus anodin.
Les détectives qui s’occupaient de l’affaire avaient la certitude que les envois et les lettres émanaient d’un même expédi­teur. D’autre part, la piste les ramenait toujours à Vérone. Aussi décidèrent-ils une opération de grande envergure : il s’a­gissait ni plus ni moins que d’entreprendre un examen graphologique systématique de l’écriture des Véronais comparativement à celle des lettres anonymes.
La tâche était gigantesque, mais elle donna un résultat — combien inattendu !

Le jour vint où un important déta­chement d’agents, ayant à leur tête un officier et deux représentants des autorités municipales, se présenta à la villa de Signore Silvio Mario Merighi.
C’était le favori de la société véronaise, beau garçon âgé de trente-six ans, aimable, accueillant, cultivé, musicien, sportif, popu­laire dans tous les milieux, jouissant de la réputation la plus flatteuse.
En fouillant la villa de ce grand char­meur, la police trouva un stock d’explosifs, et un journal intime où étaient méthodi­quement enregistrés dans l’ordre chronolo­gique tous les épisodes du « courrier fatal ». La plupart des victimes étaient inconnues à l’expéditeur, il trouvait les noms dans les annuaires ou les journaux et choisissait les plus anodins, les plus paisibles.
Signore Merighi ne fit aucune difficulté pour avouer ses crimes. « Je suis heureux que vous m’arrêtiez, dit-il. Vous me déli­vrez d’un cauchemar. Je souffre d’une mala­die incurable, et j’éprouve une haine folle envers l’humanité. Je me sens obligé malgré moi de faire du mal aux hommes. Pendant dix années, j’ai passé toutes mes nuits à préparer des bombes, à emballer des colis, à écrire des lettres anonymes. Je les rédige de façon à faire accuser des innocents, à semer des doutes odieux dans les esprits des couples heureux, à brouiller les amis, à affoler les naïfs… Je vous remercie de m’avoir démasqué. Emmenez-moi. Le cauchemar est fini. »
Oui, le cauchemar était fini, Vérone délivrée. Désormais, on ne trembla plus à l’approche du facteur, on put ouvrir son courrier sans crainte. Mais combien de gens, bouleversés, atterrés, n’en croyaient pas leurs oreilles, se sentaient presque devenir fous eux-mêmes, en apprenant que l’assassin était Silvio Mario Merighi, leur camarade, leur ami, si gai, si normal, si aimable, si cultivé, si fin !

 

CELUI QUI VOLAIT LES VOLEURS
Une existence double est entre autres une nécessité « professionnelle » pour les faux-monnayeurs. Il arrive cepen­dant qu’ici encore les détectives réussissent à arracher le masque de notables entourés de respect et de sympathie unanimes.
Pendant deux ans la Trésorerie des États-Unis fit rechercher une bande dont émanaient des billets de cent dollars, d’une imitation parfaite. En janvier dernier, on parvint à arrêter à Newark l’aviateur Hans Dechovv qui se faisait passer pour un comte de Bulow. Dans cette tâche, la police fut aidée par… les racketeers qui, ayant fait chanter le faux comte, avaient touché de lui une rançon de 40 000 dollars… en faux billets de banque.
Grâce aux dépositions de ces « vic­times » indignées, la police put convaincre de fausse identité le dangereux bandit et dépister son complice, qui l’aidait à mettre les bank-notes en circulation. Ce dernier était… un jeune médecin new-yorkais, le Dr Valentin Gregory Burtan, du Mid-town Hospital, assistant à la Polyclinique centrale, remarquable spécialiste des mala­dies cardiaques, dont la carrière s’annonçait des plus brillantes.
Au fond, en mettant Dechow et Burtan sous les verrous, la police les sauvait des balles des racketeers qui ne supportent que difficilement d’avoir été dupés, comme de simples « civils »

AU BOUT DU FIL
Un vol avec effraction avait été com­mis dans une belle villa de la banlieue berlinoise, chez M. Eddinger, riche courtier en Bourse. Large, hospitalier, géné­reux, possesseur d’une belle fortune, d’une jolie femme et d’une cave de premier ordre, M. Eddinger était très populaire. Lorsque les malfaiteurs, s’étant introduits la nuit dans sa villa, emportèrent pour 40 000 marks de valeurs, il ameuta toute la police. Un ancien inspecteur de la police politique, M. Ruwell, retraité, mais ayant conservé un goût très vif pour les aventures criminelles, s’intéressa tout particulièrement à ce cas.
Les autorités allemandes étaient d’au­tant plus ennuyées que ce vol n’était pas le premier : une série de villas et d’hôtels particuliers situés dans les environs de Berlin avaient été pillés de la même façon, avec une connaissance vraiment extraordi­naire des lieux et des habitudes des proprié­taires. On soupçonnait des domestiques, des gouvernantes, des secrétaires, mais nulle preuve ne venait corroborer ces suppositions.
Un jour, un employé de la police cri­minelle, qui était entré boire un bock dans un petit café de la banlieue et qui s’était installé à une table dans un coin obscur, à côté de la cabine téléphonique, vit passer devant lui une dame qu’il connaissait. Sans s’apercevoir de sa présence, elle entra dans la cabine, demanda son numéro, échangea quelques phrases avec son interlocuteur au bout du fil. Le nom de cet interlocuteur était également connu du détective. Mais ces quelques phrases lui ouvrirent un monde. Il laissa tranquillement partir la dame, en se gardant bien de lui signaler sa présence. Et le jour même….
… Le jour même, on arrêtait Mme Eddin­ger, la jolie femme du boursier, comme membre d’une bande de malfaiteurs dan­gereux dont le chef était l’ancien inspec­teur de la police politique, Ruwell.
Cette exquise hôtesse, cette épouse modèle communiquait à Ruwell les plans détaillés des maisons de leurs amis intimes. Grâce aux renseignements fournis par elle, les criminels opéraient facilement, rapi­dement et presque sans risque. Finalement, elle organisa le vol chez son propre mari, et toucha là-dessus, comme à la suite des expéditions précédentes, la part qui lui était due. N’était le coup de téléphone dans le café, les inspecteurs de police auraient continué à saluer respectueusement la belle propriétaire de la villa pillée, et à lui de­mander si elle nourrissait des soupçons à l’égard de sa femme de chambre.

 

FEMME DE LETTRES… ANONYMES
À un des derniers congrès internationaux de psychologie, le professeur Wolf fit un rapport sur la conscience qu’en général les hommes ont de leur individualité.
Il est rare que quelqu’un reconnaisse sa propre écriture, s’il la voit reflétée dans la glace, ou sa propre voix enregistrée sur un disque. Le professeur Wolf estime que tout homme a plusieurs consciences, qui parfois coïncident, et parfois s’opposent. L’asymétrie de la physionomie lui semble confirmer cette hypothèse : si on forme un portrait, en juxtaposant à l’image de la moitié droite d’un visage cette même image retournée, il ne ressemble nullement à celui qu’on obtient par la juxtaposition de deux moitiés gau­ches. Dans la nature même de l’homme, il y a une certaine dualité.
Que dire du peintre-somnambule Marian Gruczewski, traité par le directeur de l’ins­titut métapsychique de Paris ? Endormi par un hypnotiseur, dans cet état de transe qui délivre les forces subconscientes, Gruc­zewski dessine et peint avec une facilité admirable. Dans une obscurité complète, il exécuta, en présence des plus fameux experts, en l’espace d’une demi-heure, un superbe portrait. Pourtant, à l’état de veille, il ne manie que très maladroitement le pinceau, et bien qu’il suive assidûment les cours d’une académie de peinture, le professeur le considère comme un élève sans avenir.
Ce cas curieux se rattache à un pro­blème que la science s’efforce d’approfondir, à un tout autre point de vue. L’Académie de médecine de Paris a nommé une commission spéciale, composée des professeurs Balthazar, Claude, Dumas, etc., pour élaborer des mesures de protection contre les demi-fous, qu’il est impos­sible d’interner, mais qui doivent être discrètement surveillés.
Combien sont-ils, et appartenant souvent aux milieux les plus cultivés ?
Hélène Kisselnitzlca, femme de lettres polonaise, faisait chanter les riches commerçants de Varsovie en leur soutirant, sous menace de mort, de fortes sommes par lettres ano­nymes signées « Baldwin Cross and Company ».
Une de ses victimes, le com­merçant Friedland, ayant reçu une lettre de cette nature, alerta la police. Selon la prescription, il dé­posa une enveloppe contenant la somme exigée — quelque 3000 zlotys — sous le tapis de la porte d’entrée, mais un fil imperceptible reliait cette enveloppe au doigt d’un détective caché derrière la porte.
Le jour indiqué, personne ne vint prendre l’enveloppe, et Friedland reçut une seconde lettre où on lui annonçait que, sa ruse ayant été dévoilée, il n’avait qu’à s’exécuter « honnêtement », s’il crai­gnait pour sa vie.
Ce n’est qu’un an plus tard qu’on réus­sit à découvrir l’auteur des lettres, Hélène Kisselnitzka. Amie intime de la mère de Friedland, elle avait appris par celle-ci le guet-apens et y avait facilement échappé.

DEUX EN UN
Et les cas de dédoublement se retrouvent jusque dans les existences les plus exemplaires.
L’année dernière mourait à Londres le professeur de physiologie Henri Léon, et on apprenait avec stupeur que le défunt n’était autre que le cheik arabe Abdullah-Killian mystérieusement disparu une dizaine d’années auparavant, représentant autorisé des musulmans en Angleterre.
Henri Léon, alias le cheik Abdullah, d’origine anglaise, né à l’île du Maine, s’ins­crivit en 1878 au barreau de Londres. Sous influence d’amis orientaux, il se con­vertit à l’islamisme et partit en 1889 en Perse où il devint conseiller intime du shah. Le titre de cheik lui fut octroyé par le sultan qui souvent le recevait dans son palais.
Il fut également des intimes de deux souverains afgans.
En 1898, le cheik Abdullah s’établissait à Liverpool en qualité de consul de Perse. Personne ne reconnut l’ancien avocat en ce grave musulman, érudit émérite qui fit paraître des ouvrages savants sur les religions de l’Orient.
En 1920, Abdullah, parti pour la Tur­quie, disparaît. Par contre, à Londres appa­raît le physiologiste Henri Léon, citoyen français, hospitalièrement accueilli par les universitaires britanniques. Ses cours furent si remarqués qu’il finit par être nommé directeur de l’institut de physiologie à Londres. Il le demeura jusqu’en 1932, lors­que la mort vint dénoncer la vie multiple de ce savant éminent, avocat, diplomate, historien, physiologiste, Anglais, Français, Oriental, anglican, catholique, musulman…

 

RESPECTABLES MALFAITEURS
Et voici le récent scandale Maundi Gregory, membre, pendant la guerre, du Service secret britannique, et dont on appréciait l’extraordinaire habileté. Ami de ministres et de princes, il les recevait volon­tiers dans son bureau de Whitehall. Un énorme coffre-fort entr’ouvert et habilement éclairé faisait entrevoir de merveilleux bi­joux et des lingots d’or. Il y avait dans ce bureau un assortiment étonnant de télé­phones où rien ne pouvait être écouté par un tiers, de sonneries, d’appareils de T. S. F., de signaux électriques prévenant de l’arrivée de visiteurs désirables et indésirables, ces derniers pouvant être pour ainsi dire auto­matiquement évincés. Des secrétaires dont la discrétion égalait l’élégance le dénom­maient respectueusement « chef », et accom­plissaient pour lui des missions périlleuses auprès des monarques régnants et détrônés.
Or, cet homme tout-puissant vient d’être condamné par la Cour de Londres à deux mois de prison et à une forte amende, sur la dénonciation d’un officier de la garde à qui, pour la somme de 10 000 livres ster­ling, il avait proposé d’obtenir un titre de noblesse. Cette première plainte fut suivie d’autres. On découvrit tout un trafic de baronnies, de lords-maires, de postes d’honneur.
L’énigmatique personnage s’était ins­tallé trafiquant de titres, grâce à ses belles relations.
On ne saurait mieux terminer cette ga­lerie de portraits doubles que par le cas du constable de Cardiff, John Martyn Regan. Maurice Leblanc n’a rien inventé en faisant un jour Arsène Lupin chef de la Sûreté. Le fait est que l’excellent et vigilant constable Regan, qui durant sept ans fut la terreur des malfaiteurs et le bras droit de la justice, fut pris au moment où il tentait de dépouiller un employé des chemins de fer de la somme de 1000 livres sterling dont il était porteur pour le compte du Great Wes­tern Railway.
Fouillant dans le passé de Regan, on découvrit une série de forfaits : le cons­table employait ses loisirs à dévaliser les bureaux et boutiques confiés à sa garde.
Lorsque le tribunal condamna Regan à dix ans de travaux forcés, le chef cons­table de Cardiff, M. A. — J. Wilson, déclara qu’il regrettait en lui un employé modèle ; le policeman-cambrioleur avait été, selon ses assertions, un homme discipliné et travailleur.
Lorsqu’on cherche les origines des bizarres phénomènes dont nous venons de donner quelques exemples, il faut tenir compte, non seulement de la maladie et de l’hérédité, mais aussi de l’instabilité des principes moraux. L’encanaillement de ce qu’on appelait jadis la bonne société, la mode morbide des « boîtes », des « apaches », de la « pègre », favorisent ces cas d’exception.
Sait-on quel a été, au cours de la saison printanière 1933, le bal le plus applaudi à Londres ? Celui que la jeune épouse d’un lord a donné dans sa propriété nobiliaire, près de Londres, sous ce titre : « Un bal du crime » !
Tous les invités devaient apparaître, et se comporter, en vrais bandits, sans toute­fois aller jusqu’à verser le sang. Le grand prix alla à un vicomte qui, ayant accompli au cours de la soirée seize vols, ne fut pris en flagrant délit que cinq fois. Il présenta au jury tout un assortiment de montres et de porte-cigares, et jusqu’au collier de la dame avec laquelle il avait dansé.
Pour rendre l’amusement plus complet, une partie des visiteurs étaient costumés en policiers. Qui sait si, sous le couvert de cet amu­sement mondain de haut goût, de sombres vocations n’ont pas éclos ?

 

Après ce dossier sur les criminels et les enquêteurs, on constate que détectives et espions ont vent en poupe en 1933, un concours, un article et une biographie romancée : bientôt, une dame va faire la une : la détective Elsa van Laeghels, interviewée par Gaston Ch. Richard ! Ses mémoires paraîtront en volume chez Alphonse Lemerre un peu plus tard sous le titre d’Elsa, détective privée.

 

L’Armée nouvelle apporte ses lots de frayeurs et d’admiration pour les inventions militaires, toutes créées, bien entendu, pour maintenir la paix.

 

La crise nécessite l’austérité, la dictature domestique s’impose même en milieu bourgeois. Rions-en, les femmes sont un vecteur humoristique parfait pour décharger toute l’aigreur qui pourrait être ressentie, quand le coût de la vie devient difficile à assumer. Par Jacques Touchet (1887 – 1949).

 

 

Plus alarmistes, les journalistes s’inquiètent par certaines évolutions étrangères. Les sociétés secrètes, des alliances souterraines, sont sans aucun doute responsables d’une manipulation de la population, pour des objectifs qui n’auraient pourtant aucun but humanitaire. Des questions économiques plus certainement… plus les cibles changent, moins la forme se transforme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais…

 

 

Tout va bien ! Comme en 1933, et toutes les années jusqu’aujourd’hui,

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