Legrand-Chabrier – Des Marionnettes à l’Automate (1929)

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« Des Marionnettes à l’Automate », signé Legrand-Chabrier, est paru dans La Presse du 21 janvier 1929.

Des Marionnettes à l’Automate

Les marionnettes, jeux d’enfants pour grandes personnes, reviennent à l’actualité parisienne. Vous savez qu’en ce moment, un théâtre de marionnettes italiennes, faisant le tour du monde à la façon des « variétés » de music-hall, est en halte à Paris. Il a commencé par ne recruter qu’un public restreint. Mais ayant mis quelque persistance, il obtient aujourd’hui le succès qui semblait le devoir bouder. L’opinion publique parlée y est pour quelque chose, certes, mais l’opinion publique écrite aussi, et la presse, et La Presse y sont pour non moins. Car rarement effort artistique fut plus soutenu par les critiques de spectacles.

Beaucoup, en effet, sa sort extasiés sur le mécanisme de ces marionnettes. Il est d’une subtilité qu’on n’obtient qu’après une longue pratique du métier. Mais enfin nous voyons au music-hall, périodiquement, des théâtres de marionnettes qui présentent des chefs d’œuvre analogues. Cette quinzaine-ci même à l’Empire, les marionnettes de Charton nous offrent un spectacle de perfection traditionnelle. Et nous y reverrons certainement, en quelque prochain programme, les marionnettes des Walton’s qui sont non moins merveilleuses de précise évocation humaine. Et dans le théâtre des Piccoli, dirigé par Podrecca, n’oublions pas que les marionnettistes ne sont que des interprètes techniques de l’animateur, lequel n’est point marionnettiste pratiquant.

Et cela explique bien pourquoi les spectacles des Piccoli est de la transposition théâtrale, alors que les marionnettes des Walton’s et des Charton ont une hérédité foraine dont on retrouve les traces dans bien des aspects. Le véritable apport de ces Piccoli, Chauve-Souris des marionnettes, est, à mon avis, sur le plan de la mise en scène, avec ses éclairages et ses féeries. Ils donnent des indications, permettent des expériences, font de la maquette à leur échelle, mais en vue de l’échelle humaine. Nous sortons ici, si vous y réfléchissez bien, du domaine primitif de la marionnette, art direct, populaire, spectacle de la rue et de la route.

On voit bien, à la rigueur, les théâtres de marionnettes qui passent dans nos music-halls en attraction, se dresser, tels quels, avec leurs acteurs, délégués de leurs marionnettistes, sur la place publique, centre d’un cercle de badauds. Ils s’y sort dressés autrefois, soyez-en sûrs. Imaginez-vous l’hypothèse pour le Théâtre des Piccoli ?

C’est que la marionnette est le divertissement initial et primitif de l’homme : réfléchissons-y, cette marionnette est née de lui, c’est sa propre ombre, remarquée, et le jeu qu’il en obtient.

L’histoire de la marionnette est de banale érudition : poupée animée par le fil auquel elle est accrochée. Ouvrez n’importe quel dictionnaire. Vous constaterez que son évolution se fait sur place. Essentiellement, la marionnette demeure la même quelle que soit la complexité de ses gestes et de ses expressions. Mais si vous coupez le fil… ou si vous n’avez plus le poing dans le corps de Guignol… la marionnette va-t-elle tomber inanimée ? Et vérité, non. Car l’homme s’efforce de lui donner la vie, et la vie à la ressemblance humaine, souvenirs de la première ombre sur la paroi de la caverne. La marionnette devient l’automate. Et l’automate, c’est une autre histoire, pareille à celle de la marionnette.

L’automate est appelé, je crois, à un développement merveilleux. Son ère commence. Les dernières inventions scientifiques au mécanisme extérieur ont apporté le mécanisme interne. Et vous voyez déjà naître M. Robot, actuel étonnement de Londres. La revue Vu, récemment, a donné sa photographie et nous explique qu’il est commandé à distance par T.S.F., qu’il exécute tous les mouvements humains, et, de plus qu’il parle. C’est l’androïde de notre temps, mais il ne faut pas oublier ses aïeux, notamment ceux du moyen-âge, mystérieux, entachés de sorcellerie, au secret satanique passé de génération en génération.

Simple curiosité ? Non point. L’automate commence à devenir serviteur de l’homme. M. Robot est une statue de l’homme fonctionnant organiquement comme l’homme : il peut être une démonstration scolaire. Et il devient aussi modèle du mouvement humain. N’y a-t-il pas une troupe de girls ayant comme maître de ballet — est-ce à Londres, est-ce à New-York ? — un automate ? Et si cela vous étonne, n’y a-t-il pas, à Paris, un professeur de culture physique et esthétique qui se sert, comme instigateur de l’attitude humaine la plus favorable au développement de la beauté, d’un mannequin qui est une merveille de souple articulation ?

Du même auteur, lire aussi : « Poupées d’aujourd’hui », in Le Gaulois du 28 avril 1923.

A voir : Demonstration of David Roentgen’s Automaton of Queen Marie Antoinette, The Dulcimer Player.

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