Mise au point avant toute lecture de la Revue des Lectures dirigée par l’abbé Louis Bethléem.

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L'abbé Bethléem déchire des journaux "licencieux", 1920.

la Revue des Lectures épluchait TOUTE la production publiée

U ne certaine légende entoure l’abbé Bethléem dont les critiques font naître les larmes de rire aux yeux du lecteur d’aujourd’hui, comme s’il s’agissait d’une comédie sympathique de Guareschi, opposant le curé Don Camillo à son vieux et meilleur ami-ennemi communiste Peppone. Et c’est vrai qu’il est désopilant de voir l’abbé conspuer telle ou telle œuvre laïque, licencieuse ou pire anticléricale, seulement après en avoir fait un résumé exhaustif un rien complaisant. Sans compter l’utilisation des citations, hors contexte, faisant feu de tout bois y compris d’auteurs pourtant réputés pour leur laïcité ou mœurs libres, mais s’insérant dans le sens de la campagne de salubrité catholique menée par l’abbé. Les critiques sont aussi pratiques pour le bibliographe d’aujourd’hui, l’équipe (il n’était pas seul) de la Revue des Lectures épluchait TOUTE la production publiée de la moindre importance, y compris le théâtre et la poésie, avec les références adéquates.

l’abbé Bethléem ne fut pas un critique, mais un propagandiste activiste dont l’activité critique servait la campagne

Revue des Lectures n° 1 de XIVe année, 15 janvier 1926.

Pourtant, il ne faut surtout pas oublier que l’abbé Bethléem ne fut pas un critique, mais un propagandiste activiste dont l’activité critique servait la campagne, mêlant mise en justice, dénonciation, coercition et action. Il ne reculait pas, à l’occasion, à provoquer le désordre et la violence dans la rue sous couvert de défense des enfants catholiques de France. Et notez bien, uniquement ceux-ci, la restriction n’est pas à négliger.

N’étant pas exégète ni ne voulant l’être, de Louis Bethléem, voici simplement des extraits de 14 pages* rédactionnelles, hors critique  littéraire, de la seule revue de janvier 1926, toutes consacrées à la propagande. La maison d’édition des frères Offenstadt était encore dans la ligne de mire du snipper en soutane, une longue haine depuis 1914 (au moins).
* sur 92 pages, sans compter la quatrième de couverture.

Mise à l’index et coercition, activisme.

 

Poursuites judiciaires, antisémitisme et appel à l’intolérance totale.

 

Dénonciations.

 

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Propagande organisée, incitation à l’activisme..

 

 

« Quand on a la chance de survivre à l’épouvantable lecture de Bethléem, la première pensée qui se présente, c’est que ce prêtre est surtout un indicateur de livres impurs qu’on ne connaîtrait peut-être jamais sans lui. »

Léon Bloy in le journal « Le vieux de la montagne » (1907-1910). Extrait.

 

Avec mes remerciements au visiteur et commentateur, PMB, pour cette citation offerte en 2014 sur l’ancien hébergement de l’ADANAP. PMB ajoutait : « Ce livre équivoque me rappelle une revue tradi-catho des années 70, ROC, qui listait les films et émissions télé jugées obscènes, en signalant la scène à éviter. C’était très pratique pour savoir quels films voir et ne pas perdre son temps à les voir en entier. Blague à part, ces gens n’étaient ni sains ni saints. »

François, un visiteur en 2014 au même endroit, signalait un chapitre entièrement consacré à l’abbé Bethléem dans « l’excellent livre Discours sur la lecture publié chez Fayard (sous la direction d’Anne-Marie Chartier et Jean Hebrard). »

Une publication récente intéressera les amateurs des exactions du bon abbé, chez Fayard : La mise au pas des écrivains — L’impossible mission de l’abbé Bethléem au XIXe siècle, par Jean-Yves Mollier.

« Fondé sur un important dépouillement d’archives et de journaux, cet ouvrage édifiant montre que la censure, présente encore au XXIe siècle, et refuge de tous les extrémismes, doit beaucoup à l’abbé Bethléem, et au-delà de sa forte personnalité, à l’Église catholique et à sa difficulté à laisser l’individu déterminer librement sa destinée. »

 

La photographie qui figure en haut de cette publication a été portée à ma connaissance par mon ami Roland de L’Île aux Bouquins (Facebook), libraire et fin connaisseur, merci. Un cliché, ma foi (sic), particulièrement pertinent aujourd’hui quand certains veulent reproduire ce geste. La jeunesse risque d’être aussi ahurie que cette demoiselle abasourdie.

Et pour clore deux photographies édifiantes, deux témoins du lourd passé judiciaire de l’homme en soutane, disponible sur Gallica. Elles m’ont été transmise par Jean-François Le Deist, mien ami aussi, dont on visitera le blog Littératures Populaires : Ressources pour toutes ressources bibliographiques à propos du roman populaire.

Au palais de justice avec l’abbé Bethléem – photographies de presse, Agence Meurisse, 1927.

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