Vallée de Lune, Vickie une héroïne de Line, Le Journal des Chics Filles, Dargaud

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Vallée de Lune, Vickie une héroïne de l’aventure

Line, Le Journal des Chics Filles, Dargaud

Il y a quelques années, j’avais acquis un exemplaire de Line, un journal pour les « chics filles », par curiosité. Ce magazine édité par Dargaud m’intriguait, les bandes dessinées à suivre présentaient une énergie plus aventureuse que la plupart de celles qu’on publiait à l’époque pour les adolescentes. Et effectivement, le rédactionnel encourageait les initiatives plus amusantes, plus actives même si la cuisine et la couture en faisaient également partie. Les histoires n’étaient pas en reste, de l’énigme, des péripéties, dans les pensionnats, mais aussi dans la jungle, ou au cours de mésaventures historiques.
J’appris sans trop de surprise que Dargaud le créa pour faire le pendant de Tintin : une spécialisation féminine. Elle ne dura que quelques années, de 1955 à 1963, et bien que le contenu dégage un tonus inattendu, on peut se demander si la réelle modernité n’aurait pas été de féminiser celui de Tintin, en élargissant à la fois son public et son ouverture d’esprit. C’est une question oiseuse à laquelle je m’abstiendrai de répondre. Un récit me plut particulièrement, assez pour en faire à l’époque une courte notule, développée ici.
Vallée de la Lune, un titre attirant, son héroïne, Vickie, est la fille du professeur Curtis. Un savant curieux puisqu’à sa suite, la jeune rousse énergique sillonne le monde dans ce qu’il offre de plus prodigieux. Dans cet épisode en 1955, Vickie se trouve au cœur de l’Himalaya dans une principauté secrète dont son père et elle ne pourront jamais sortir, c’est en tout cas ce dont ils sont persuadés au début de l’aventure. Ils se sont engagés dans cette vallée mystérieuse victime de bouleversements politiques alors qu’un félon tente, à l’aide d’un magicien, de renverser le prince au pouvoir. Hoppi, jeune tibétain, les aide à échapper à leurs ravisseurs.


Le scénario n’a rien de particulièrement original, mais les dessins sympathiques dans les détails rendent vivante l’action. Trois autres aventures de Vickie au moins parurent dans Line : Le Lac fantôme, avril 1957 ; Le sceau du dragon, janvier 1958 ; L’Aventure australienne, octobre 1958.
À l’époque de cet achat, je n’avais pas découvert plus d’information, la bande à suivre n’était pas signée. Au cours des recherches, Le Journal de Line, un site bien imagé présentait les couvertures sans offrir de renseignements précis sur cette série. Il semblait orienter vers l’illustrateur George Brient, connu pour avoir fourni des couvertures pour Lecture et Loisir chez Charpentier : la série des Tom Swift, les romans de Claude Appell, une collection rachetée plus tard justement par Dargaud. George Brient commença à travailler dans les années 1950 jusqu’à fin 1980. En fin de compte, rien de fiable pour identifier les auteurs de Vickie.
Ce matin, le courrier m’apportait un cadeau, trois exemplaires d’une revue anglaise dessinée pour les filles : Girl, tout simplement, dont la couverture me paraissait diablement familière. En la feuilletant, un mélange d’aventures dans la jungle, d’énigmes résolues par de jeunes détectives — les fameux sleuths —, de conseils pour réussir une photographie et d’exploits divers racontés, 1955… je pensais à l’univers de Nancy Drew et des Hardy Boys, à son apogée après la seconde guerre mondiale dans les pays anglo-saxons, qui débutaient en France leur invasion chez Hachette puis Charpentier d’ailleurs. Et puis, au deux tiers du magazine, Valley of the Moon dans l’encadré d’une BD à suivre, le trait et les couleurs identiques, j’avais retrouvé la piste de Vicky alias Vickie ! Et l’on remarquera que le jeune Tibétain, Hoppi, affectionne la station pendue à un crochet.

Un fil d’Ariane facilite la vie du bibliographe, le récit était signé : Betty Roland au scénario, Dudley Pout au dessin. Les sites anglais de comics sont un peu plus fournis, question de nombre de lecteurs, peut-être. Quatre aventures de ce duo parurent dans Girl entre 1955 et 1959, Valley of the Moon, donc, Vicky in The Painted Emperor, Vicky and the Crested Dragon, et Vicky in Australia. Ces titres correspondent a priori aux histoires publiées à peu près dans les mêmes temps, il faudrait, pour en être sûr, posséder les numéros français de Line que je n’ai pas. Sans non plus l’affirmer, je jurerai qu’une très grande partie des récits et bandes diffusés dans Line se révéleront être des traductions de Girl, la revue anglaise. Si la découverte résout un mystère, c’est une petite déception d’apprendre qu’il n’y eut qu’une action somme toute très commerciale dans la création du « Journal des chics filles ».
Une consolation cependant, si Edward Dudley Pout (1908 — 1991) fut un homme du Kent, presque un gentleman farmer so british, Betty Roland nous apporte un destin beaucoup plus mouvementé. Née Mary Isabel MacLean en 1903, cette Australienne quitta son époux pour suivre l’un des fondateurs du parti communiste du pays. Elle partit en Europe, puis en URSS, travailla pour un journal là-bas, fit de la propagande, milita pour le féminisme, finit par retourner vivre une existence plus littéraire sur sa terre natale pour y mourir en 1996, mais elle écrivit auparavant ses mémoires. Son pseudonyme, elle l’emprunta à l’une de ses héroïnes et en fit son véritable nom. Une existence beaucoup plus enthousiasmante, un roman d’aventures…

Betty Roland, Sydney, 1992, par Alec Bolton – National Library of Australia.

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